Elle entra dans la salle de bain. La pièce, de petite taille, était sombre. Le vieux lavabo qui manquait de s'écrouler et la douche sâle témoignaient de l'ambiance de la pièce. Lena se laissa
glisser sur le sol. Encore une journée de travail, dans un grand magasin. A 20 ans, elle était caissière et avait tout raté dans sa vie. Tout, absolument tout. A commencer par sa naissance: sa
mère était morte en lui donnant la vie. Son père l'avait toujours détestée, ses frères et soeurs martyrisées. Elle n'était pas bonne élève, n'écoutait rien en classe. Elle n'était douée
pour rien. Sauf pour une chose: elle était belle. La voisine du palier lui disait souvent, en la voyant, aussi belle que sa mère, sa mère qu'elle n'avait jamais connu. Elle aurait pu être
mannequin, se marier... Mais, là encore, il y avait un problème. Lena était sauvage, terriblement sauvage avec les gens.
Elle se déshabilla, s'arrêtant devant la glace pour se regarder: elle ne changeait pas, décidément. Toujours aussi mince, toujours aussi grande. Elle soupira. Une araignée sortit de sa toile et
s'approcha d'elle. Elle hurla, se précipitant dans un coin de la pièce, tremblant comme une feuille. Elle ferma les yeux, respira et, d'un geste courageux, l'écrasa avec sa basket. Ouf. Elle se
débarrassa de sa culotte et de son soutien-gorge, ouvrit l'eau de la baignoire. En attendant, elle se décida à appeler Marine.
-Allô? Marine?
-Lena! J'ai bien cru que jamais tu ne m'appellerai...
-Ouais, ouais... mais j'ai pas le temps tu sais...
-Hum, tu n'a pas beaucoup d'amis pourtant...
-Ecoute, Marine, désolé de te dire ça mais...je ne suis pas faite pour toi, on ne peut pas continuer à jouer les hypocrites ainsi.
-Quoi? Que veux-tu dire par là?
-Euh, désolé, je dois raccrocher...
Lena coupa le téléphone. Avec tout ce bazar elle allait finir par rater l'heure. En y pensant, elle ne put s'empêcher d'avoir peur. Une larme roula sur sa joue. Elle s'installa dans la
baignoire. L'eau froide( elle n'avait pas d'eau chaude) lui coupa le souffle. Et elle attendit. Longtemps. Enfin, un bruit. Quelqu'un trafiquait la porte, puis se laissa glisser dans
l'appartement. Il essayait d'étouffer ses pas. Elle ne fit comme si elle n'aviat rien entendu. Non, rien du tout, rien du tout bon sang! Elle ferma les yeux. Elle put voir l'ombre de la porte
de la salle de bain s'entrouvrire. Elle sentit la présence de la personne dans son dos. Puis- un véritable cauchemar- deux mains froides se poser sur ses épaules. Elle oublia tout et ne
put s'empêcher d'hurler, de se débattre. Une main se posa sur sa bouche, la forçant à se taire. Ses yeux s'affolaient, roulaient en tous sens. Puis les mains exercèrent une forte pression, la
faisant couler sous l'eau. Elle ferma les yeux.Enfin, c'était fini. Elle n'avait plus peur. Elle perdit rapidement conscience. La dernière image qu'elle perçut fut celle d'un visage déformé par
la haine. Elle lui sourit.
-Adieu...papa.
Il prit le corps et le sortit de la baignoire. Il observa longuement sa fille. Ses longs cheveux blonds, habituellement nattés, s'éparpillaient autour de son visage, formant une
auréole. Comme un ange. Il obsrva ses paupières fermées, ses longs cils noirs. Son nez était fin, presque aquilin, et tout petit, comme l'exige la mode. Elle avait une bouche en forme de coeur,
une peau très pâle. Il passa un doigt sur ses pommettes encore roses. Il observa son corps, timidement.Il se détestait. Il prit sa tête entre ses mains et se mit à pleurer, doucement, puis de
plus en plus fort. Il secoua les épaules de sa fille, hurla de désespoir. C'est alors qu'il eut une idée. Stupide, certes, mais à en prendre en compte. Il s'approcha de son visage et déposa un
baiser sur ses lèvres. Il n'avait pas beaucoup d'espoir, mais il continuait. Tout à coup, elle ouvrit les yeux. Et lui enfonça un couteau en pleine poitrine.